Jean-Pierre Pruvot, correspondant de la Voix du Nord, est l’auteur
des rubriques « Rétro » et « Au fil du temps ».
1 500 « rétros » sont parues à ce jour depuis 2001. Celles-ci
font partie de ces parutions.
Elles ont été ici reclassées dans la mesure du possible dans une
chronologie historique. Pour plus de précisions, questions, suggestions,
documents, merci de lui écrire JPPRUVOT@wanadoo.fr
Il est aussi l’auteur d’une histoire de la plage de Calais en
trois volumes édités par l’association les « Chalets de Calais » et d'un volume
Calais « Au fil du Temps ».
N. B. : Les volumes 1, 2, 3 de l’histoire
de la plage de Calais, édités par
l’association les « Chalets de Calais », sont disponibles à la consultation et
à la vente chez M. Leroy, coiffeur, rue de la Paix près de la Maison du
Fromage, au siège de l’association (sur rendez-vous) 7 rue de Thermes 62100
Calais tel 03.21.34.91.23, à la Maison de la Presse Place d’Armes, ou par poste
(plus 6 euros de frais de port pour un ou deux volumes).
Les tomes 1et 2 "Au fil du temps", le tome "Magasins d'Autrefois" et "Calais Nord 1940-1955" (15 € le volume, facture à la
demande), est disponible à la consultation et à la vente chez M. Leroy,
coiffeur, rue de la Paix , et chez l'auteur 7 rue de Thermes 62100 Calais tel
03.21.34.91.23, ou par poste (plus 4 euros de frais de port pour un
volume, 5,20 pour deux volumes).



La
place de la Nation et son horloge
Cette carte postale a été postée en 1904. On y
reconnaît la place de la Nation et l'entrée du boulevard Victor-Hugo. Depuis
1923, cette place a été baptisée place Emile-Salembier mais sa première
appellation reste couramment utilisée. Nous sommes encore à l'époque de la
traction des tramways par des chevaux. Derrière l'immeuble est celui de Mme
Prudent-Lefebvre, abritant un café et une graineterie. Sur le refuge se dresse
une des quatre horloges-kiosques Coutançon installées à Calais vers 1894. Cette
colonne à quatre faces et quatre cadrans sera remplacée en 1924 par une horloge
à trois cadrans qui disparaîtra en 1990 victime d'un chauffard.
Parution JPP-VdN 2003. CPA

Le tramway tiré par un cheval blanc permet de dater
cette photo de la place de la Nation du tout début du XXe siècle. Sur la petite
place, l'horloge sur la colonne Coutançon indique qu'il est 15 heures. Une
paysanne y a installé son étal, et vend certainement les légumes provenant de
sa ferme. Le boulevard Victor-Hugo était proche de la campagne environnante.
Des troupeaux de moutons traversaient encore la ville par cet axe dans les années
cinquante pour se rendre à l'abattoir. Signe de cette proximité le magasin de
grains, tenu à l'époque par Madame Prudent-Lefebvre, qui perdurera après la
Libération et qui commercialisait au début des années 2000 encore du matériel agricole.
Parution JPP-VdN 2003. CPA

Nous sommes ici au tout début du XXe siècle,1905
certainement. Les commerces sont nombreux, les pignons des maisons déjà
couverts de publicités, pour la peinture Ripolin, pour le chocolat Damoy. Sur
l'angle de la rue Delaroche, le bureau de poste auxiliaire doublé d'un commerce
de journaux et de tabac a gardé de nos jours sa vocation première. M. Debienne,
marchand et réparateur de cycles, a laissé la place à une poissonnerie. Le
magasin sera transféré plus tard sur l'angle de la rue Deneuville avant de
changer d'enseigne dans les années soixante.
Parution JPP-VdN 2005. CPA

Nos aïeux avaient encore au début du XXe siècle le
sens de la fête populaire. Les chars construits par les comités de fêtes de
quartiers alimentaient de somptueux défilés. Nous sommes ici à
l'entrée du boulevard de l'Egalité face à la pharmacie du Pont de
Saint-Pierre tenue alors M. Biencourt, pharmacie qui datait du tout début du
siècle. Elle avait remplacé une boulangerie et deviendra plus tard la pharmacie
de la Nation. Cette photo provient d'une série de plaques photographiques
appartenant à la famille Mascret.
Parution JPP-VdN 2006. Plaque Mascret

Cette carte postale de la place de la Nation a été
postée en 1912. L'immeuble de la Coopérative Ouvrière Calaisienne, qui
deviendra le cinéma Pax, a été construit en 1910. A gauche, une des quatre
colonne-horloges Coutançon marque 15h50. Aucune automobile n'est visible. Le
café-tabac situé sur l'angle de la rue Delaroche n'a encore que son
rez-de-chaussée. Au fronton de la porte d'entrée, une publicité indique que
vingt-quatre publications différentes sont disponibles. En plus de la buvette,
des journaux, du tabac, la famille J. Pruvost et Fils vend des automobiles,
inscription remplaçant celle de cycles encore lisible sur le panneau.
Parution JPP-VdN 2003. CPA

Même angle de prise de vue
mais carte postale légèrement postérieure avec au fond un tramway.

Le photographe calaisien Omer Lefevre, dont le
magasin était situé au numéro 100 du boulevard La Fayette, avait pris
l'habitude de photographier les événements se déroulant dans la ville et de les
éditer en cartes postales. La plupart de ces photos sont datées et commentées à
l'exemple de celle-ci, "Calais - Bataille de Fleurs 1906". Cet
attelage fleuri stationnait place de la Nation face à la rue Delaroche. On
reconnaît sur l'angle à gauche la petite maison qui abritait alors un
café-tabac et sur la droite le magasin de cycle de M. Debienne.
Parution JPP-VdN 2006. CPA

La pendule Coutançon de la place de la Nation
indiquait 16h45. Cette carte postale a été postée en 1912. La circulation était
des plus calme. On était loin alors des 35 heures hebdomadaire de travail. Les
usines fermaient tard et en particulier la biscuiterie Vendroux dont les allées
et venues des ouvriers animaient le quartier. Le café Prudent-Lefebvre ne
faisait plus hôtel et avait converti une partie de ses activités dans le
commerce du grain en concurrence avec l'autre commerce de grains et fourrages,
Petit-Cugny, du début du bd de l'Egalité.
Parution JPP-VdN 2006. CPA

A l'angle du boulevard de l'Egalité et du boulevard
Victor-Hugo, jouxtant le magasin de grains et fourrages Prudent-Lefebvre, se
trouvait la "Carrosserie du Centre", la maison Notebaert-Beaubois que
l'on apercevait sur la carte postale précédente. A la fin du XIXe siècle, ce
"garage" était plus spécialement dédié aux attelages hippomobiles.
Vente de voitures neuves, ou échanges, peintures et garnitures des voitures
attelées en tout genre pouvait-on lire sur la façade. Ici les ouvriers étaient
fiers de présenter leur oeuvre, cette voiture décorée pour le magasin "A
la ville de Saint-Pierre".
Parution JPP-VdN 2006. CPA

Emile Salembier, socialiste actif, fut par deux fois
maire de Calais en 1896 et en 1908. A l'entrée du boulevard Victor-Hugo, la
stèle de marbre installée sur cette petite place qui porte son nom depuis 1923,
a été photographiée avant la Seconde guerre. Inaugurée en 1927, la stèle était
alors surmontée par un buste d'Emile-Salembier sculpté par M. Caby. En 1942, le
buste fut volé et fondue pour la récupération des métaux non ferreux promulguée
par le gouvernement de Vichy. Le nouveau buste, plus petit, a été remis en
place en 1948. Derrière la stèle, l'estaminet existe toujours et se nomme
l'Etrier. A droite du bar, la boucherie a disparu.
Parution JPP-VdN 2003. CPA

La même prise de vue un peu plus tardive

Cette photo retrouvée par un de nos lecteurs, Jean
Cresson, n'est pas datée : < La photo représente un groupe de socialiste
photographié dans les années 1920 1930. A gauche, c'est Alfred Beaugrand, grand
père d'une cousine de ma femme, elle même âgée de 90 ans... >. Emile
Salembier, figure emblématique du mouvement ouvrier calaisien, deux fois maires
de la ville, décédera en 1919. Son buste sera inauguré en 1927. La place de la
Nation portait son nom depuis 1923.Le buste en bronze, disparu pendant la
guerre, sera recoulé en 1948 grâce à une souscription, un peu plus petit que
l'original mais toujours bien présent. Derrière seul le café à gauche est
toujours présent, le boucher et le coiffeur ont laissé place à des habitations.
Parution JPP-VdN
2009. Photo Cresson

Place de la Nation, la ligne de tramways se divisait,
l'une vers le boulevard de l'Egalité, l'autre vers le boulevard Victor-Hugo.
Nous sommes ici en 1914. Les chevaux ne tiraient plus les voitures de tramways
devenues électriques. Ils étaient encore très présents pour tout ce qui
concernait le transport de marchandises. Cette traction hippomobile perdurera
jusque dans les années soixante à l'exemple des tombereaux des éboueurs. Les
piétons sont ici nombreux sur le boulevard, à priori des ouvrières et ouvriers
de la biscuiterie Vendroux qui, comme l'usine Brampton du boulevard La Fayette,
contribuait à l'animation du quartier.
Parution JPP-VdN 2006. CPA

La photo a
été prise place de la Nation en 1908 par le photographe calaisien Omer
Lefebvre. Elle montre une circulation dense de tramways. Calais s'était en
effet doté dès 1879 d'un réseau. Après Lille et Roubaix, elle fut la troisième
ville de France à avoir franchi le pas de la modernisation des transports en
commun. A la fin du XIXe siècle, les voitures étaient tirées par des chevaux et
leur lenteur était affligeante. Lorsque l'emploi de l'électricité s'est
généralisé, le premier souci fut d'améliorer le réseau en l'électrifiant et en
le densifiant. Cela démarra en 1908. La place de la Nation voyait passer la
ligne 1 vers Saint-Pierre-Halte via le boulevard Victor-Hugo et la ligne 6 vers
le Cimetière Sud via le boulevard de l'Egalité. Les tramways disparurent
aprèsla Seconde guerre au profit des autobus et des automobiles.
Parution JPP-VdN 2003. CPA

Le début du boulevard de l'Egalité, photographié ici
durant l'entre-deux guerre a très peu changé. A l'époque la grande bâtisse au
n°3 abritait le cinéma le "Familia" rebaptisé le "Pax"
après la seconde guerre. Sur l'angle de la rue Delaroche, dans une petite
maison prospérait un commerce de jouets et de vanneries. Elle était
complètement détruite lors d'un incendie. Un immeuble de trois étages était
alors construit avec en rez-de-chaussée un café tabac. Le
"Tabac-Nation" existe toujours. La torpille meurtrière qui explosait
face au Familia le 31 mai 1917, laissait les bâtiments du secteur quasiment
intacts.
Parution JPP-VdN 2003. CPA

Cet immeuble, construit en 1910, existe toujours.
Situé juste au début du boulevard de l'Egalité, Il abrite actuellement un
garage. Il avait remplacé le premier siège de la Coopérative Union Ouvrière
Calaisienne créée par le maire socialiste Emile Salembier en 1896 et qui se
situait alors boulevard Victor-Hugo. L'architecte, Louis Debrouwer, construira
ensuite l'Hôtel de ville. L'Union Calaisienne abritait un cinéma, une
brasserie, une salle de réunion, et un magasin réservé aux actionnaires
coopérateurs. Le cinéma deviendra le Familia, puis le Pax à la Libération.
Parution JPP-VdN 2006. CPA

Eugène Demazures, le propriétaire du "Café de la
Nation", pose ici avec sa famille sur le pas de la porte. Ses clients,
installés en terrasse, nous permettent d'apprécier la mode de l'époque. La
pilosité d'abord avec pour la plupart de ces messieurs le port de ces
moustaches fournis, et pour ceux qui ne portent pas de couvre-chef, ces cheveux
gominés avec la raie centrale. Les vêtements ensuite, avec ces costumes trois
pièces, le gilet était alors de rigueur. Les chapeaux enfin avec une majorité
de melons, des canotiers mais aussi des casquettes.
Parution JPP-VdN 2006. CPA

Lorsque M. Charles Duriez reprend vers 1920 la
pharmacie du Pont de Saint-Pierre, il la transforme en pharmacie de la Nation.
En 1923, cette place de la Nation deviendra officiellement place
Emile-Salembier. Pourtant les deux appellations restent utilisées par les
Calaisiens et la pharmacie conservera, encore de nos jours, son nom. La façade
de cette pharmacie restera quasiment identique au fil du temps. Après-guerre M.
Baras et Vion y resteront attachés. Et si récemment les vitrines ont été
modernisées, l'ensemble a conservé son cachet d'antan.
Parution JPP-VdN 2006. CPA