LES AMIS DU VIEUX CALAIS

 

 

« LES RETROS DU MOIS »

 

 

 

Jean-Pierre Pruvot, correspondant de la Voix du Nord, est l’auteur des rubriques « Rétro » et « Au fil du temps ».

 

1 462 « rétros » sont parues à ce jour depuis 2001. Celles-ci font partie de ces parutions.

 

Elles ont été ici reclassées dans la mesure du possible dans une chronologie historique. Pour plus de précisions, questions, suggestions, documents, merci de lui écrire JPPRUVOT@wanadoo.fr

 

Il est aussi l’auteur d’une histoire de la plage de Calais édités par l’association les « Chalets de Calais ».

 

Le troisième volume vient tout juste de paraître et évoque en photos la plage, les chalets durant la période allant de l’été 1914 aux années soixante ( 83 pages dont 13 en couleur, 160 photos...).

 

N. B. :  Les volumes 1, 2, 3 de l’histoire de la plage de Calais, édités par l’association les « Chalets de Calais », (15 € le volume), sont disponibles à la consultation et à la vente chez M. Leroy, coiffeur, rue de la Paix près de la Maison du Fromage, au siège de l’association (sur rendez-vous) 7 rue de Thermes 62100 Calais tel 03.21.34.91.23, à la Maison de la Presse Place d’Armes, ou par poste (plus 6 euros de frais de port pour un volume).

 

 

                

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES PONTS VETILLARD

ET

LES ECLUSES CARNOT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La construction des écluses Carnot

 

Le port de commerce, étendu vers l'est avec la construction du bassin Carnot, sera inauguré à la fin du XIXe siècle, le 3 juin 1889 par le président de la République Sadi Carnot, accompagné de ses ministres de la Marine et des Travaux publics. Les travaux avaient été colossaux, à l'image de ceux réalisés sur cette photo pour construire les écluses qui sépareront l'avant-port du nouveau bassin en eau profonde. Ecluses et bassin prendront le nom de Carnot pour rendre hommage au président en exercice. Marie-Michel Vétillard, ingénieur en chef des ports du Pas de Calais, concepteur des ouvrages, recevra quant à lui la légion d'honneur pour ces réalisations.

 

parution JPP VdN 2004 photo F. Amédr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ponts Vétillard inaugurés en 1889

 

Les ponts Vétillard étaient à l'origine au nombre de quatre, deux ponts tournants sur le sas de 14 mètres et deux sur celui de 21 mètres, sas qui permettaient aux bateaux d'accéder au bassin Carnot. Ces ponts faisaient partie des travaux d'agrandissement du port qui se terminèrent en 1889. Lors de l'inauguration du port et des ponts, des arcs de triomphe furent élevés un peu partout dans Calais pour fêter l'évènement d'une manière grandiose. C'est le conseil municipal du 15 novembre 1889 qui décida de conserver le souvenir de l'ingénieur Marie-Michel Vétillard en donnant son nom aux ponts, orthographié parfois avec un "t".

 

parution JPP VdN 2004 photo J.-C. Lenoir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier pont Vétillard

et

les écluses Carnot

 

Le pont Vétillard que l'on voit ici est le premier, celui qui était mû par une machinerie qui n'apparaît pas sous cet angle de prise de vue. Dans le prolongement du pont, les hangars sur la gauche sont toujours présents. L'actuel immeuble de la douane se situerait devant les premières maisons au centre de la photo. A l'horizon, le Calais-Nord d'avant-guerre, le phare et le clocher de Notre-Dame permettent de s'orienter.

 

parution JPP VdN 2001 Carte postale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un pont Vétillard coulissant

 

Cette carte postale est datée de 1915. Le yacht français l' "Almée" du Havre sort du bassin Carnot par l'écluse du même nom, la plus grande, celle de 21m. A l'époque les deux écluses étaient fonctionnelles, celle de 21m et celle de 14m. Après la guerre de 1940, seule la plus grande continuera a être utilisée, l'autre étant condamnée. On peut remarquer que le pont Vétillard, du nom d'un ingénieur des Ponts-et-Chausées, coulissait vers le quai nord. Des promeneurs y attendent la fermeture. Ce pont VétiIlard sera détruit pendant la guerre et remplacé en 1959 par un système de ponts-levis.

 

parution JPP VdN 2001 Carte postale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ponts Vétillard en 1930

 

Les ponts Vétillard seront dynamités par l'armée allemande en 1944 juste avant la libération de Calais. Les voici photographiés par Paul Villy en 1930. A l'arrière plan le Calais Nord historique est toujours debout avec les silhouettes de la tour du guet et du beffroi du musée de la place d'Armes. Au premier plan, le mécanisme qui permettait de faire tourner le pont est visible pour l'un des quatre ponts en fonction. Le pont roulait sur des rails. Le trafic était nettement plus important qu'à notre époque et ici des badauds observent en contre-bas deux dundees, armés pour la pêche aux maquereaux, venus s'abriter dans le bassin Carnot.

 

parution JPP VdN 2004 Photo Paul Villy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bateaux de plaisance à l'écluse Carnot

 

Au début du XXe siècle, les bateaux de plaisance passaient régulièrement les écluses pour rejoindre le bassin Carnot, s'y abriter, puis pour certains remonter les canaux par le bassin de la Batellerie. L'endroit était donc pittoresque et un but de promenade tant l'écluse était fréquentée à la fois par les yachts anglais et les embarcations de tout genre. Et comme la montée de l'eau dans l'écluse prenait un certain temps, les badauds s'installaient comme sur cette photo. A l'extrémité de l'écluse le pont Vétillard, une simple passerelle de fer qui coulissait pour laisser passer les bateaux.

 

parution JPP VdN 2001 Carte postale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Combats violents

près des ponts Vétillard

 

Cette photo a été prise le 28 mai 1940 par un correspondant de guerre allemand juste après la reddition des derniers combattants alliés. La zone de la gare maritime avait été le théâtre d'une défense acharnée afin de permettre aux hommes encerclées de prendre la mer. Beaucoup de soldats anglais avaient été faits prisonniers dans ce secteur. Auparavant le matériel avait été saboté comme on le voit ici. Les deux ponts Vétillard enjambant la partie avant des écluses Carnot semblent intacts. Derrière, le troisième pont est resté ouvert. Sur la gauche, la façade du bâtiment abritant la machinerie des écluses a souffert.

 

parution JPP VdN 2004 photo X

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ponts Vétillard sous l'occupation

 

Lors de l'offensive de l'armée allemande en mai 1940, les troupes françaises et britanniques retranchées dans le port subissaient des assauts aériens nombreux de la part des avions stukas entre-autres. Les bombardements dévastaient la zone portuaire. Pourtant les plus gros dégâts sur les installations seront le fait des bombardements alliés de 1944, préparant la libération du territoire. Sur cette photo allemande de 1940, alors que Calais Nord est devenue zone interdite, des soldats sont occupés à remettre en état les ponts Vétillard stratégiques car ils permettaient de rallier la cale de radoub où les bateaux touchés pouvaient être réparés.

 

parution JPP VdN 2004 photo col Paddy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ponts Vétillard :

vitesse limitée à 6 km/h

 

Les ponts Vétillard permettaient de joindre directement la gare maritime. Ceci pouvait expliquer que certains voyageurs ayant pris du retard commettent des imprudences pour ne pas rater leur correspondance. C'est ainsi que plusieurs attelages basculèrent dans les sas Carnot en franchissant malencontreusement les barrières fermées des ponts. En 1926, le maire Léon Vincent devait promulguer un arrêté municipal y limitant la vitesse à 6 km/h. Cette photo prise en juillet 1940 par un soldat allemand montre la fragilité du revêtement. L'armée allemande était ici en plein travail pour remplacer les poutres qui avaient été détruites lors des combats.

 

parution JPP VdN 2004 photo col Paddy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      

 

 

Ecrasé par les bombes

 

Une quinzaine d'années séparent ces deux photos. A gauche, la photo date des années trente. Au premier plan on reconnaît les hangars Paul-Devot. Au fond la gare maritime, qui est l'orgueil du port, accueille un des ferries qui déverse son lot de voyageurs. Les passerelles du pont Vétillard enjambent les deux écluses Carnot. Au premier plan ce préau était prévu pour l'accueil des voitures débarquées par des grues sur le quai Paul-Devot. A droite la photo de Robert Chaussois, prise elle aussi du phare, date de la libération de Calais. Une rampe a été construite près du quai Paul-Devot et le trafic est cette fois militaire. Les véhicules sont ceux des forces alliés, britanniques essentiellement. Au fond la gare maritime n'existe plus. Le pont Vétillard a été bombardé, les passerelles sont tombées dans les écluses mises à mal elles aussi par les bombes. Un pont Faidherbe provisoire ayant été installé derrière la mairie, un train est parvenu jusqu'aux quais de la gare maritime afin de rapatrier les soldats permissionnaires vers Douvres. Les rues n'existent plus, tout reste à reconstruire.

 

parution JPP VdN 2004 Carte postale

parution JPP VdN 2004 photo VdN  R. Chaussois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les écluses Carnot en triste état

 

Cette photo des écluse Carnot date de la Libération. Les bombardements alliés et le minage du port par les Allemands avant leur départ, avaient rendu l'accès du bassin Carnot impossible. La première mission des ouvriers, que l'on voit ici à l'oeuvre, fût donc de réparer ces écluses. Les ponts Vétillard seront reconstruits plus tard. On voit sur la droite un morceau de tablier du pont vrillé. Au fond à gauche, les hangars Paul-Devot sont toujours debout mais la toiture est percée de partout. Face aux hangars, quai de la Colonne, la capitainerie possède encore son belvédère. Fragilisé par un impact de bombe, ce belvédère sera détruit.

 

parution JPP VdN 2004

photo VdN  R. Chaussois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ponts Vétillard n'étaient pas encore reconstruits

 

Au début des années cinquante, alors que la gare de transit et la gare maritime avaient été reconstruites, l'accès au boulevard des Alliés restait impossible. Les ponts Vétillard, qui permettaient de franchir les écluses Carnot, ne seront mis en service qu'en juin 1959. La petite écluse ne sera comblée qu'en 1960. Sur cette vue aérienne, la gare de transit se situe en bas à droite. On remarque que seuls de simples passages pour piétons permettaient de franchir les écluses. Les immeubles sont rares au pied du phare. La nouvelle église Saint-Pierre Saint-Paul n'est pas encore construite, ni la recette des douanes rue Lamy.

 

parution JPP VdN 2004 Carte postale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un deuxième pont Vétillard inutile

 

En 1959, deux ponts basculants sont construits pour franchir les deux sas qui permettent aux navires de rallier le bassin Carnot. Rapidement le plus petit sas, celui de 14 mètres, s'avérera inutile. Dans les années soixante, pour répondre à l'afflux d'automobiles, la Chambre de commerce récupèrera un terre-plein supplémentaire pour la gare de transit en faisant combler le petit sas. Sur cette photo de 1977, le plus petit pont Vétillard est toujours présent. Il sera démonté en février 1979. Le plus délicat sera de déposer le contrepoids de 130 tonnes. Le pont sera découpé et mis à la ferraille. Le second, victime de nombreuses pannes a été remplacé en 2002.

 

parution JPP VdN 2004 Carte postale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ponts Vétillard reconstruits

en 1959

 

Les ponts Vétillard, construits en 1889, furent dynamités par les Allemands en 1944. Pendant quinze ans il sera nécessaire de faire le tour du bassin Carnot pour se rendre à la gare maritime et vice versa pour rallier Calais nord, plus gênant pour les commerçants qui perdaient une grande partie des acheteurs britanniques. Seuls les piétons pouvaient éviter le détour en empruntant la passerelle surplombant les portes d'écluses à leurs risques et périls. Les ponts seront reconstruits en deux ans et inaugurés en 1959. Au lieu de quatre ponts tournants, deux ponts basculants à crémaillère permettront alors de franchir les deux écluses Carnot.

 

parution JPP VdN 2004 photo X

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fil du temps

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

L'écluse Carnot

 

Sur la photo de gauche, une carte postale du début du XXe siècle, un navire, semble-t-il très attendu, franchit l'écluse à grande vitesse. La légende, "Le grand sas du Bassin Carnot, permettant l'entrée aux plus grands navires marchands", n'indique pas de quel bateau il s'agit. Sur la droite de la photo se dresse, majestueuse, la gare maritime qui sera détruite durant la deuxième guerre mondiale. Après la guerre la plus petite écluse sera condamnée. Restera celle que l'on voit sur la photo de droite. Les rocades d'accès aux terminaux des car-ferries occultent la nouvelle gare maritime construite sur l'emplacement de la précédente. Avec l'extension du port à l'est et la construction du bassin Charles-Ravisse en lieu et place de la flaque à Guerlettes, cette écluse et le bassin Carnot vivent au ralenti d'autant que les usines le bordant ont vu leurs activités fortement restreintes ces dernières années.

 

Photo 1 : Ce navire à l'étrave pointue semble franchir à grande vitesse l'écluse Carnot. La gare maritime accueillait alors les plus prestigieuses lignes de chemin de fer.

parution JPP VdN 2004 Carte postale

 

Photo 2 : La même écluse Carnot, de moins en moins utilisée depuis que l'activité du port s'est déplacée vers l'est.

parution JPP VdN 2004 photo JPP